Définition
Treezor, Swan et Solaris sont trois poids lourds européens du Banking-as-a-Service : agréés (EME, EP ou EC), ils fournissent compte, IBAN, carte, virement, prélèvement et KYC sous forme d'API.
C'est l'infrastructure invisible qui permet à des centaines de fintechs et néobanques d'exister sans devenir elles-mêmes banque :
- Treezor (FR) — EME, filiale de Société Générale depuis 2019. Derrière Lydia, les débuts de Qonto, Younited, Sumeria et plus de 200 fintechs.
- Swan (FR) — EME indépendant, créé en 2019 par Nicolas Benady. Pure player API moderne, orienté équipes tech.
- Solaris (DE, ex-Solarisbank) — établissement de crédit allemand (Vollbank), créé en 2016. Couverture plus large (compte + carte + crédit), infra historique de Vivid, Tomorrow et, en partie, Trade Republic.
| Acteur | Pays | Statut | Fondé | Filiale | Spécialité |
|---|---|---|---|---|---|
| Treezor | FR | EME + Agent PSP | 2016 | Société Générale (2019) | FR, multi-services |
| Swan | FR | EME | 2019 | Indépendant | API moderne, tech-savvy |
| Solaris | DE | EC (Vollbank) | 2016 | Indépendant | Crédit + compte + carte |
Treezor
Créé à Paris en 2014 par Éric Lassus, Xavier Labouret et Grégoire Bourdin, agréé EME en 2016, puis racheté par Société Générale en 2019. Forte croissance depuis (plus de 100 clients corporate, plusieurs millions de cartes Mastercard distribuées).
- Offre : IBAN dédié par utilisateur, cartes physiques et virtuelles (Mastercard), virements SCT / SCT Inst / SDD, KYC intégré, conformité LCB-FT.
- Clients (~200) : Lydia, les débuts de Qonto, Younited, Sumeria, Lemonway, Mansa, Defacto, Karmen.
- Forces / limites : adossement SG (solidité), couverture FR maximale, expérience — mais une agilité parfois jugée moindre du fait de l'appartenance à un grand groupe.
Swan
Créé à Paris en 2019 par Nicolas Benady (ex-Smile&Pay), agréé EME en 2020. Série A de 16 M€ (2021), série B de 37 M€ (2023, Lakestar, Creandum), puis ouverture en Espagne, Allemagne, Pays-Bas et Italie.
- Offre : API REST moderne très orientée developer experience, IBAN dédié, cartes virtuelles et physiques, virements SCT / SCT Inst / SDD, intégration embedded en quelques jours.
- Différenciation : pure player API non adossé à une banque historique, doc à la Stripe, pricing public, setup en moins d'un mois sur les cas standards.
- Clients : Pennylane, Indy, Spendesk, Klaxoon et plus de 100 fintechs/SaaS.
- Forces / limites : agilité, doc, indépendance — mais une couverture plus étroite que Treezor.
Solaris
Créé à Berlin en 2016 par Marko Wenthin et Andreas Bittner (company builder finleap), avec une licence bancaire complète (BaFin, Vollbank). Croissance massive et levées à neuf chiffres (2018-2021), rebrand Solarisbank → Solaris (2022), puis difficultés financières et restructuration (2023-2024) avant un recentrage en 2025.
- Offre : compte et IBAN allemand passporté, cartes débit et crédit, crédit conso (le différenciant lié à la licence bancaire), trading/investissement, KYC intégré.
- Clients : Vivid Money, Tomorrow, Trade Republic (historiquement, en partie), Kontist, Yokoy.
- Forces / limites : licence bancaire complète (donc crédit possible), ancrage allemand fort — mais des difficultés financières en 2023-2024 et un gel de certains nouveaux clients.
BaaS vs alternatives
| Approche | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| BaaS (Treezor, Swan, Solaris) | Lancement rapide, focus produit | Dépendance à l'acteur, marges réduites |
| Agent PSP (Lemonway, MangoPay) | Plus simple, moins coûteux | Moins de contrôle sur le service |
| Licence propre (EP / EME / EC) | Contrôle total, marges maximales | Coût (~1 à 3 M€), délais (1 à 2 ans), opérations complexes |
Tendances 2024-2025
- Consolidation : plus de 50 BaaS au pic (2021), beaucoup ont disparu ou pivoté.
- Régulation renforcée : BaFin, ACPR et CSSF imposent des contrôles plus stricts (cf. Solaris).
- Marges sous pression : forte concurrence des acteurs licenciés (Qonto, Revolut, Sumeria).
- Internalisation : les fintechs qui grandissent prennent leur propre licence (Qonto en 2022, Trade Republic, Lydia → Sumeria en 2024), ce qui désintermédie les BaaS.
Ce qu'ils ne sont pas
- Pas des marques grand public : l'utilisateur voit Lydia, Qonto ou Pennylane, jamais le BaaS.
- Pas des fintechs B2C : 100 % infrastructure B2B.
- Pas équivalents entre eux : Treezor et Swan sont EME (pas de crédit), Solaris est une banque complète.
- Pas tous pérennes : un marché en forte consolidation.
Dans l'écosystème PSD2 / Open Finance
Les BaaS sont l'infrastructure cachée de l'écosystème :
- DSP2 : tous peuvent endosser les rôles AISP/PISP, certains les rôles complets.
- DSP3 / FIDA : extension prévue pour fournir des données enrichies à leurs clients.
- VoP, IPR : déploiement obligatoire depuis octobre 2025.
- Embedded finance : ils en constituent la base en Europe (Stripe, Adyen for Platforms…).
Exemples concrets
- Lydia → Sumeria : démarrage chez Treezor (2017), puis agrément EME propre via Sumeria (2024) — désintermédiation.
- Qonto : démarrage Treezor (2017-2022), puis licence EP propre (2022).
- Pennylane : Swan pour le compte intégré au SaaS comptable.
- Vivid Money : Solaris pour le compte EU, avec licence propre depuis 2023.
- Trade Republic : passage de Solaris à sa propre licence courtage + EP.
- Indy (FR) : Swan pour le compte pro des indépendants.
- Difficultés Solaris : en 2023, la BaFin a imposé un audit et limité l'onboarding, impactant Trade Republic et Vivid, avec une lourde restructuration en 2024.
- Hors top 3 : Mangopay (FR, marketplaces), Lemonway (FR, marketplaces), Modulr (UK, paiements B2B), Banking Circle (LU, cross-border).
- Coût pour une fintech : 0,5 à 2 € par compte et par mois plus 0,1 à 0,3 % par transaction, contre 1 à 3 M€ de setup et autant par an pour une licence propre.